Français


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 Poèmes – traduit de l’arabe

Ce poème est extrait du recueil “Hafet al ardh” L’extrémité de la terre”, Beyrouth, Dar al kalima, 1988
Le ton est plutôt pessimiste. En relisant l’histoire, le poète constate que la sagesse a disparu .Il s’agit donc d’entreprendre un dernier voyage, un nouvel exode dont l’issue ne peut être que la mort. L’ensemble se caractérise par une grande cohérence et tout autant de musicalité que la traduction ne peut rendre – Jean Fontaine

***
,Un oiseau dans la cage de la mémoire
,Un papillon devant l’éclat du jour et du cristal

…Un vampire entre les épines du lotu
s


…Ainsi l’enfant qui s’esquive, comme une poignée de sable

De quelle première faute s’agit-il
Pour qu’il ne s’approche de deux continents
Où se trouvent les dards affûtés
Doigts sans fin
?S’étendant jusqu’au dernier jour du tremblement du gibier

Un coin t’est réservé
Pour que tu halètes
Et écrives d’un souffle révolté
…Qui remplisse les interstices du vide

,Ton pied droit s’est placé au mauvais endroit
Et quand tu étendis la main
…Il eut fallu d’abord évaluer

!Mais… Grands dieux
Tous ces démons
Et ces images
…Arrivent d’un seul coup

Trad Jean Fontaine

***

Printemps des lieux

Trad. Essia Skhiri
Relu par Ali Mosbah

 Par ici, un bourgeon,

Une abeille,

Le rêve d’un épi,

Un ver,

 Les plumes d’une alouette,

Un cyprès,

 Le frisson d’une femme,

Un hurlement,

Une source d’eau…

          (Et là,

 à une poussière de mon front,

ou …

 juste derrière mes orteils:

le ciel.)

***


La terre

Traduit par Antoine Jockey

Je dis alouette mais je ne la vois pas ;

Elle s’envole vers mon pays lointain, alors que ses plumes sont chez moi !

Je dis ma terre donc… et ne la vois pas ;

La terre s’incline, s’endort sur mon bras, et le poème s’écrit.

*

Une seule hirondelle ne suffit pas

… Et on a dit dans vos proverbes : L’arrivée d’une seule hirondelle ne fait pas le printemps ! »

Voyons ! Quand est-ce que je suis venu seul ?

 *

Description du baiser

Faut-il qu’à chaque fois que je tente de décrire le baiser

Ou la légèreté du sel de sa saveur

Il se change en idée ?!

*

Ce qui reste

Un poil est ce qui reste : un messager de peur sur mon épaule.

*

En direction de l’argile

L’amour nous répète sans cesse, pas la mort. Ballotés entre les deux. Tôt ou tard. Nous nous impliquons, car nous avançons en direction de l’argile. Pour que nous ne soyons ni ici ni là, c’est-à-dire là où nous ne sommes pas censés être.

*

Le poème

Mon crayon est un enfant

Qui halète sous ma main

Son poème

Un cerf-volant

Mes mots,

Dans les galeries souterraines de l’obscurité et du silence,

Une bague en rubis

                                au doigt d’un mort.

***

Le cimetière marin  

Trad. Essia Skhiri
Relu par Ali Mosbah

Entre  remparts des Fatimides (*) ,

Anéantis par la vague et le temps,

Et  bâtisses récentes où s’activent les vivants;

Au cœur de la mouvance du temps;

Resplendit le plus beau des cimetières,

Renvoyant son blanc aux deux azurs: la mer et le ciel…

Le soleil, cependant, s’acharne à  effacer les contours,

De sorte que la photo nous rend les tombes en silhouettes de roches marines!

Fallait-il vraiment prendre des photos à l’heure du plein midi?

Ainsi les tombes  devinrent taches diffuses derrière moi

alors que je leur tournais le dos (rien qu’un instant), pointant mon index sur la vie…

***

Le cimetière de Mahdia,  en évoquant la mort, accroit par cela même l’éclat de la vie.

Mais la mémoire l’attire de toutes ses forces….

      Vers quoi?

Ni vers la vie,

Ni vers la mort,

Mais vers ce qui, entre les deux, demeure impérissable,

Éternisant une fois le périple des Fatimides,

Et maintes fois “le cimetière marin” de Paul Valérie…

 __________________

(*)Dynastie chiite ismaélienne qui régna en Afrique du Nord-Est aux X-XI siècle, puis en Égypte de 969   à 1171.

*

Mohamed Ali Yousfi

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Mohamed Ali Yousfi

Mohamed Ali Yousfi

né en 1950 à Béja, est un écrivain et traducteur tunisien.

Licencié en philosophie et sciences sociales, il termine son troisième cycle dans une universitélibanaise. Il publie en premier temps à Tunis puis au Moyen-Orient (Amman, Beyrouth et Damas).

En 1992 paraît son premier roman : Le temps des lutins (prix du meilleur roman arabe 1992). Son deuxième roman paraît cinq ans plus tard : Soleil des tuiles (prix du meilleur roman tunisien 1997).

Il propose par ailleurs une interprétation originale des textes concernant l’intifada palestinienne dans un ouvrage de critique littéraire : L’Alphabet de la pierre. Mais il traduit surtout divers auteurs en arabe : Gabriel García Márquez, Miguel Ángel Asturias, Alejo Carpentier, Shichiro Fukazawa, Álvaro Cepeda Samudio, Christine Bruet, Octavio Paz, une anthologie de la poésiegrecque, la biographie de Níkos Kazantzákis, Les débuts de la philosophie bourgeoise de Max Horkheimer et Balzac et le réalisme français de Georg Lukács.

Autres publications

Lisière de la terre -poésie

  • La Nuit des ancêtres -poésie
  • Une sixième femme pour les sens-poésie
  • Le royaume de l’Oukhaidar-roman
  • Hier Beyrouth -roman
  • Dentella -roman
  • Seuils du paradis -roman

Autres traductions

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Du rôle littéraire de la censure

Le phénomène n’est pas nouveau. Le bon écrivain saisit toutes les occasions qui lui sont fournies pour délivrer son message. L’écriture littéraire réserve tant de possibilités qu’il ne reste à l’auteur que l’embarras du choix

Ayant plusieurs cordes à son arc, Mohamed Ali Yousfi, depuis plus de vingt ans, s’est fait remarquer dans le domaine de la traduction (douze ouvrages, surtout d’écrivains d’Amérique latine), de la poésie (trois recueils au ton pessimiste, la sagesse a disparu de l’histoire), du roman (deux livres : Le Temps des lutins ([Tawqît al-binkâ], Londres, 1992) et Soleil des tuiles ([Chams al-qarâmîd], Tunis, Dâr al-Janûb, 1997) et de la critique (une étude de textes concernant l’insurrection palestinienne). Né à Tunis en 1950, il vit la question palestinienne de près, sur le terrain, puis à Chypre, avant de revenir au pays, où il travaille comme journaliste pour des revues étrangères. Voici, cette année, son troisième roman : Le royaume d’Oukhaydhar ([Mamlakat al-Oukhaydhar], Damas, Dâr al-Talî`a l-Jadîda, 2001, 188 p.), où l’emprise de son imagination débridée se laisse encore plus sentir que dans ses deux premiers romans. Après une présentation des personnages, presque sous forme de liste, une première partie se déroule loin du royaume d’Oukhaydhar. Le texte, mis dans la bouche de la soeur aînée, se compose de paragraphes, avec sous-titres, d’une page environ, décrivant divers aspects de la vie d’un enfant dont la famille déménage d’un immeuble de l’Ariana vers une villa de Raouad. La deuxième partie, un peu plus conséquente, se passe sur le chemin du royaume. La troisième partie, constituant la moitié du roman, concerne le vif du sujet : dédoublement de la personnalité des protagonistes, récits fabuleux. Quelques pages, pour terminer, supposent ce qu’aurait dû être le véritable début. Le premier niveau de lecture de ce texte est l’aventure, comme peut l’imaginer un adolescent. Interviennent ici tous les insectes mirifiques possibles. Ils participent directement au déroulement du récit, ayant chacun sa propre personnalité. Le deuxième niveau, plus symbolique, est celui de la gestation d’un enfant. En effet, la soeur sait que sa mère est enceinte et elle se figure ce que sera son petit frère. Le royaume est l’utérus de la mère. L’enfant en sortira par césarienne. Mais, une fois né, tous les présupposés historiques et sociaux de sa famille s’effacent devant son propre destin. Un troisième niveau de lecture apparaît en filigrane. C’est une prise de position sur l’actualité du pays. L’auteur intervient régulièrement dans le texte (p. 21, 23, 33, 95, 123, 187), comme c’était le cas dans plusieurs romans l’année dernière. On comprend ainsi que le récit féérique, même s’il est cohérent par lui-même, peut être un prétexte à réfléchir sur l’évolution présente du pays. Outre de nombreuses allusions directes à des faits observables aujourd’hui, la conquête d’un palais, par exemple, exactement comme dans le roman de Hasan Nasr, nous ramène à une réalité plus concrète. Ces deux exemples sont-ils significatifs d’une nouvelle pratique littéraire utilisant les moyens du bord pour produire des textes de qualité malgré les obstacles ?

* Jean Fontaine Fondateur et ancien président de la revue de l'Institut des belles lettres arabes (IBLA)Tunis
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Réussir la traversée

Muhammad ‘Alî al-Yûsufî (né en 1950) est romancier, critique littéraire et traducteur. Son roman Tawqît al-Binkâ (« Le Temps des lutins », 1992) se conclue par le constat de l’absurdité de toute émigration, mais commence par une reprise massive d’une période heureuse passée à la campagne tunisienne, à l’ombre d’un grand-père et d’une grand-mère proprement légendaires. Combattant dans l’armée française, le grand-père avait offert du chocolat à une fille qui venait de perdre son père à la guerre, ce qui lui valut l’amour de la mère de la fille. Dans le voisinage des grands-parents, se trouve un Français qui a refusé de quitter le village après le départ des colons. Il « s’appropria » un terrain sur la colline, qu’il cultive et dont il vit. Le terrain appartient au grand-père du narrateur qui laisse faire le Français, consentant à ce que le terrain lui appartienne tant qu’il est en vie. Parlant bien l’arabe, celui-ci fait l’appel à la prière du haut de sa colline, où il ne risque d’être entendu que des reptiles et des oiseaux, ce qui l’enchante d’ailleurs, car il est aussi l’inventeur d’un langage pour communiquer avec eux.
La grand-mère, elle, mêlange dans sa tendresse les vivants et les morts, sa mémoire se refusant à enregistrer les décès et disparitions. Elle pleure et se frappe les joues en entendant dire qu’Untel, mort en vérité depuis des décennies, vient d’être arrêté pour ivresse. Le jeune narrateur Târiq comprend alors que si sa grand-mère lui permet de se dépayser et d’affoler le temps, c’est en compagnie de son grand-père qu’il aura toute chance de connaître les mœurs de la terre et les coutumes des plantes. Cependant, le vieillard lui dit qu’il était venu trop tard : quand les pères renient la terre et s’en vont loin d’elle, les petit-fils ne viennent que pour « renifler l’odeur des grands-pères », savoir de quelle étoffe ils sont faits et de quels récits ils sont capables.
C’est une telle paix qui se trouve saccagée dans le passage à la capitale, puis à Paris, où le narrateur fera les trente-six métiers, se sentant à jamais privé d’une sorte de poésie première à laquelle il lui fut donné de goûter au temps de son enfance. L’écriture poétique et assez dense de ce roman se condense encore plus dans un roman suivant et devient plus allégorique. Dans Shams al-Qarâmîd (« Soleil des tuiles », ici c’est un nom propre, 1997), le narrateur fait défiler des scènes d’une enfance idyllique passée dans le Nord de la Tunisie, entourée de récits merveilleux et de rapports éminemment transparents avec les êtres et l’espace. Mais voilà que le départ, comme dans le roman précédent, vient s’imposer comme une fatalité. Sauf qu’il est ici décrit de façon allégorique, ponctué par des épreuves initiatiques au terme desquelles le personnage central, lui-même narrateur du récit, comprend qu’en voulant contourner le lac de Sanhûrî, il a fait fausse route et doit rebrousser chemin pour essayer à nouveau. Puisqu’il lui faut de toutes façons s’immerger dans les eaux du lac, que ne l’a-t-il donc fait dès le début ? Tout au long de cette vaine traversée, il est habité par le souvenir de son frère disparu qui, tout en étant nu, lui avait conseillé de doubler ses vêtements et de prendre garde aux serpents, que l’on confond avec des cordes abandonnées sur la route. « Tout ce que nous perdons continue à briller à l’intérieur de nous », dit l’une des maximes disséminées par le narrateur à travers le roman et qui lui tiennent lieu de viatique. Et ce sont ces lumineuses maximes qui apportent en fin du
compte la preuve que, malgré son échec tragique, il a bien gagné son pari et réussi sa traversée
.
Kadhim Jihad (érivain et traducteur irakien)

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lapresse

Actualités : Culture

1er symposium tuniso-espagnol d’hommes de culture et d’écrivains tunisiens

Lorsque les deux rives se croisent

Le 1er symposium tuniso-espagnol d’hommes de culture et d’écrivains tunisiens, dont les travaux ont démarré mardi dernier à la Bibliothèque nationale et se sont poursuivis jusqu’au 3 novembre dans différents espaces  de Tunis, avant de se terminer le 7 novembre avec un programme touristique de visites guidées à Sidi Bou Saïd, Kairouan, Tozeur, Tamaghza, Monastir et Sousse, a réuni un grand nombre de personnalités littéraires d’Espagne et de Tunisie qui ont débattu de différentes questions autour de la culture et des lettres en Méditerranée.
Organisé par l’Association tunisienne des étudiants de la langue et des arts espagnols et la maison d’édition espagnole «Pygmalion Edypro», cette manifestation à laquelle a assisté un grand nombre d’étudiants en langue espagnole, ainsi que de nombreux hommes de lettres, a permis l’échange de points de vue entre les écrivains et penseurs des deux rives de la Méditerranée et stimulé les échanges culturels entre la Tunisie et l’Espagne, à travers la traduction d’œuvres littéraires contemporaines tunisiennes vers l’espagnol et la traduction d’œuvres espagnoles de grande renommée vers l’arabe et le français. C’est dire l’importance d’une telle manifestation pour des étudiants diplômés à la recherche d’un emploi. Une belle opportunité qui s’offre à eux et qu’ils n’ont pas manqué de saisir au cours de cette semaine.

2.000 ans d’histoire tuniso-espagnole

L’histoire des relations tuniso-espagnoles n’est pas née aujourd’hui. Elle remonte à l’époque carthaginoise à travers le célèbre Hannibal qui est de père carthaginois et de mère espagnole, comme l’a rappelé M. Azedine Beschaouch, ministre de la Culture, lors de son allocution d’ouverture du symposium. Ainsi, les relations culturelles entre les deux pays sont vieilles de plus de 2.000 ans et elles se sont affermies lorsque la Tunisie a accueilli les Morisques qui se sont intégrés dans le tissu social tunisien en apportant leur savoir-faire et leurs connaissances dans des domaines divers.
De nos jours encore, les échanges culturels se poursuivent et s’intensifient, grâce notamment à ce genre de rencontres. Parmi les intervenants à ce symposium, il y a eu Enrique Revuelta Lapique, romancier, parolier et ex-journaliste à El Pais, dont la communication a porté sur «le roman et la mémoire», propose une introspection dans l’écriture du roman depuis la mémoire, indiquant qu’auparavant les écrivains s’intéressaient au but qui portait toute l’action du roman, au détriment de la mémoire. Celle-ci ne se fixait pas de but et laissait libre cours à la pensée. «On ne sait jamais où cela va aboutir», a précisé notre Lapique. «Le premier romancier, ayant entrepris cette démarche de manière sans doute inconsciente, est Marcel Proust qui a totalement bouleversé l’écriture du roman», a-t-il ajouté. L’intervenant a exprimé son souhait de voir son roman «Luna Parker», une histoire d’amour et d’identité, traduit en arabe.

L’Amérique latine, l’autre rive

Le traducteur pourrait être, pourquoi pas, Mohamed Ali Yousfi, qui compte à son actif 24 livres d’auteurs d’Amérique latine traduits en langue arabe. Ce sont les maisons d’édition libanaises qui lui ont permis de découvrir la littérature  amérindienne. Il a traduit les œuvres de Gabriel Garcia Marquez Récit d’un naufragé, L’automne du patriarche où il est fait allusion à la personnalité du dictateur. Ces livres ont fait un tabac au Moyen-Orient. Son intervention à ce symposium s’est focalisée sur le thème «Tunisie-Espagne et l’autre rive méditerranéenne : l’Amérique latine». Il existe de grandes similitudes entre les cultures d’Amérique latine et le monde arabe. Les auteurs amérindiens se sont beaucoup inspirés des «Mille et une nuits» dont Borges, et vice versa. Cette littérature est la plus proche  des Arabes, parce qu’elle traite de la dictature telle que vécue dans les pays arabes. Les auteurs d’Amérique latine ont su traduire la dictature en littérature. Les écrivains arabes n’ont pas encore abordé cette question dans leurs romans. Dans sa communication, Youssfi a mis en relief les influences littéraires des deux côtés et l’impact des œuvres traduites sur les écrivains arabes. «Lorsqu’on lit un roman dans une langue traduite on s’approprie le texte qui devient local, assimilé et plus abordable, alors que dans sa langue originale, il reste étranger», a indiqué l’auteur du roman Le soleil des tuiles (Prix Comar 1997), ajoutant que Borges ou Marquez deviennent des auteurs arabes, lorsque leurs œuvres sont traduites.

Auteur : Neila G.

Ajouté le : 09-11-2011

http://www.lapresse.tn/09112011/40062/lorsque-les-deux-rives-se-croisent.html


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